Sans marquer le moindre arrêt, Mayrel se précipita en courant dans sa chambre.
Sur son passage elle bouscula plusieurs personnes serviteurs ou conseillers.
Elle courrait aussi vite qu’elle pouvait.
Comme si elle voulait fuir quelque chose qui la terrifiait.
Elle s’enferma à l’intérieur de ses appartements, en essayant de retrouver le contrôle de son corps qui continuait à trembler.
Elle se laissa tomber sur le sol de la pièce derrière la porte tout en frictionnant sa poitrine fortement.
Mayrel serrait les dents pour retenir la rage qu’elle sentait monter en elle.
Elle avait terriblement froid.
Elle ferma les yeux un instant pour se ressaisir et les ouvrit doucement.
« Ca n’a pas l’air d’aller ? » Demanda la voix de Samuel.
Il se tenait devant elle.
Comme un peu plutôt dans le couloir, il était transparent et semblait flotter dans l’air.
Il avait même la tête en bas et ne cessait de tourner sur lui-même.
Son apparence extérieure était la même que lorsqu’il était dans son corps.
Sa forme entière était d’un étrange bleu lumineux qui scintillait et rendait ses contours flous.
En le fixant Mayrel avait l’impression de le voir changer d’aspect : un instant elle le voyait en humain et celui d’après il avait sa forme animale.
L’autre point commun à ses deux aspects en dehors de la couleur que le loup pouvait prendre, c’était sa transparence.
Il n’avait aucune consistance.
Elle pouvait voir à travers lui le mobilier de sa chambre.
Le spectre qui lui faisait face flottait et ondoyait devant elle sans aucune maîtrise.
Elle claqua des dents et se releva doucement avec peine.
Mayrel fixait l’apparition qui se tenait devant elle avec terreur.
« Que fais-tu la ? » Demanda-t-elle pâle et inquiète.
« Je ne sais pas exactement. Je voulais avertir Leriel qu’il était en danger et j’ai surpris votre conversation dans le couloir. » Résuma succinctement
Samuel en volant dans la pièce. « Je voulais rester avec lui mais je n’ai pas pu lutter contre la force qui me conduisait vers toi… »
Le loup ne devait pas avoir l’habitude de ce genre d’expérience.
Mayrel, si elle n’avait pas prit la situation aussi sérieusement, aurait pu rire des efforts de Samuel, à première vue complètement vains, pour contrôler son vol.
Mais la jeune fille n’avait pas le cœur à rire.
«Tu es mort. » Déclara Mayrel d’une voix atone.
« Non, je ne crois pas. » Répondit Samuel d’une voix ferme. « C’est une femme qui m’a aidé à vous rejoindre. Nous avons
passé un marché tout les deux. Elle me permettait de protéger Leriel si en contrepartie je sauvais son enfant. »
Mayrel fit quelques pas en tanguant sur ses jambes.
Elle s’assit sur une chaise tout en se tenant à la table qui se trouvait en face.
Elle leva la tête vers Samuel qui semblait avoir trouver un point d’équilibre.
« L’enfant dont elle t’a parlé, il pourrait s’agir de moi ? » Demanda-t-elle avec inquiétude.
Samuel ne répondit pas.
C’était ce qu’il pensait.
Comme tout le monde dans les cinq royaumes, il savait que la reine du pays de Centre était morte lors de l’édification de la frontière.
Il savait aussi que tout comme lui et bien qu’un peu plus veille que lui, Mayrel n’avait pas pu connaître sa mère.
Elle ferma les yeux et se concentra sur sa respiration.
Samuel en la voyant faire ne pu retenir un petit rire moqueur.
« Ce n’est pas comme ça que tu vas me faire disparaître ! » Gloussa-t-il.
« Parce que tu trouves ça drôle ?! » Lui répondit Mayrel exaspérée.
Elle frappa fortement des deux poings sur la table.
Elle ouvrit à nouveau les yeux et le fixa.
Dans son regard, Samuel ne put lire qu’une immense tristesse et de la résignation.
« Tu es mort ! » Répéta-t-elle d’une voix brisée.
« Non ! » S’entêta le loup. « Peut être que je ne suis pas vraiment vivant mais je ne suis pas mort ! Je sais que mon
corps est vivant, qu’il se déplace grâce à Justice. »
« Justice, la lame fouet ? » Murmura Mayrel retrouvant un peu son état normal.
Samuel se contenta d’hocher la tête.
Il s’apercevait que parler à haute voix lui demandait beaucoup d’énergie et d’effort.
Par contre il n’avait pas prévu que ce simple mouvement le fasse rouler sur lui-même vers l’avant.
Mayrel réfléchissait à ce que venait de lui dire le loup.
Si Samuel n’était pas mort, tout n’était pas perdu.
Il y avait peut être une chance de sauver le royaume de la colère du dragon.
Mayrel savait que le jeune loup était le feu de Leriel même si aucun des deux ne s’était étendu sur le sujet.
Elle s’était engagée auprès des deux adolescents en échange des saphirs.
En contrepartie Leriel avait accepté de lui porter assistance en cas de besoin.
Elle se devait de respecter cette promesse !
Elle découvrirait ce qui était arrivé au loup et ce qui l’avait conduit à cet état de spectre.
Elle ferait tout pour que le loup retrouve son corps.
Il avait parlé d’une femme qui était intervenue pour lui permettre de sauver Leriel en échange de quoi Samuel devait sauver son enfant.
La présence de cette personne soulevait de nouvelles questions.
S’il s’agissait bien de sa mère, quel danger la menaçait, elle, mais aussi Leriel ?
Pour le découvrir, Mayrel devait savoir ce qui s’était passé exactement.
Elle reporta son attention sur Samuel qui avait cessé de tourner sur lui-même.
« Pourquoi Justice occupe-t-elle ton corps ? » Demanda-t-elle.
« A cause de ton père ! » Répondit Samuel avec hésitation, attendant de voir quelle allait être la réaction de la jeune fille.
Mayrel s’avachit un peu plus sur sa chaise.
Cette dernière révélation semblait avoir eut le dessus sur sa détermination.
Elle ne voulait pas croire que ce que lui disait Samuel était la vérité !
Mais le loup n’avait aucune raison de lui mentir !
« Ton père s’est servi de la magie de l’eau pour briser les sceaux qui retenait la lame fouet. » révéla Samuel.
« Pourquoi ? » Marmonna-t-elle pour elle-même. « Je lui ai pourtant dit que tu étais le feu d’un dragon ! Il n’aurait pas pris le risque de mettre la cité en danger sans motif valable »
« Peut être parce qu’il savait que la cité ne serait pas en danger » Annonça Samuel en haussant les épaules ce qui le fit à nouveau basculer vers
l’avant.
Mayrel fixa le spectre en fronçant les sourcils.
Tout comme elle, Samuel donnait l’impression de réfléchir à voix haute pour démêler cette étrange situation.
Il devait avoir raison !
C’était la seule explication logique pour que son père prenne autant de risque.
Mais qui avait put lui assurer que la cité ne risquait rien ?
Qui en savait assez sur les dragons et les loups pour convaincre son père d’agir avec autant de légèreté ?
Elle n’avait aucune piste pour le découvrir pour le moment.
Apparemment Samuel n’en avait pas la moindre idée non plus.
Mayrel commençait à comprendre pourquoi Lauwerryn lui avait conseiller de confier les saphirs au dragon.
Le roi et les envoûteuses avaient dû lui confier une mission secrète.
Ils s’étaient arrangés pour que si Mayrel et l’envoûteuse rencontrent une personne répondant à certains critères uniquement connus de Lauwerryn, celle-ci devait tout faire pour ramener cet
individu au royaume.
Visiblement, Samuel devait être celui qu’elle devait ramener coûte que coûte au Roi.
Ils n’avaient fait que se servir d’elle !
La rousse serra les poings de rage !
Elle n’était pas au courant de toutes ces manigances !
Les personnes en qui elle avait cru jusqu’à ce jour l’avaient manipulé pour atteindre leurs propres objectifs.
Elle se sentait trahie !
Elle frappa la table de ses deux poings en hurlant de rage.
Elle était incapable de réfléchir sereinement, tant elle sentait la colère enflée en elle.
Tout ce en quoi elle croyait s’effondrait devant elle.
Tout ce qui l’avait poussée à vouloir devenir gardien s’effritait entre ses doigts sans qu’elle puisse réagir.
Elle se sentait paralyser par la fureur qui la submergeait !
Samuel tenta de s’approcher doucement de la jeune princesse en lui posant une main diaphane dans le dos pour la consoler.
Sa main se posa sur la princesse en émettant une douce lumière jaune qui permit à Mayrel d’émerger du chaos de son esprit.
Elle se senti apaisée et soutenue.
Mayrel avait la sensation que le contact du loup lui donnait le recul nécessaire pour qu’elle puisse réagir sainement face à ses événements.
Samuel percevait étonnamment bien les émotions violentes qui traversaient le cœur de la jeune princesse.
Le loup avait l’impression d’y percevoir un écho à son propre ressenti.
Mayrel enrageait.
Elle se sentait submergée par les doutes qui ébranlaient ces plus fortes convictions.
Elle avait cru que Lauwerryn était sincère et qu’elle était son amie, son écuyère.
Depuis quand jouait-elle un double jeu ?
N’avait-elle été à ses côtés que pour servir le roi ?
Combien de fois déjà par le passé sa seule amie l’avait-elle trahi et utilisé dans les intérêts de son père ?
Combien de fois depuis sa naissance, l’avait-on bafoué sans qu’elle en ait conscience !?
Samuel pouvait lire tout cela dans le lien qui venait de s’établir entre eux.
Il sentait la douleur de la princesse comme la sienne.
Il avait un peu honte de pouvoir ainsi avoir accès à ses sentiments.
Mais aussi parce que depuis le départ de Bajang, il était resté méfiant envers la jeune fille.
Il avait accordé plus de confiance à Lauwerryn, ce qui le mettait en colère !
Il se sentait proche de la jeune princesse.
Mayrel voyait défiler les souvenirs de son enfance, se demandant si tout n’était que mensonges et tromperies.
Des larmes amères s’écoulèrent de ses yeux pour lentement rouler sur ses joues avant de s’écraser sur la table.
Mais les gouttes salées n’étaient pas les seules à embrouiller la vue de la princesse.
La rage, la colère et l’envie de revanche étreignaient son esprit avec une force énorme qui menaçait de la submerger.
Samuel partageait avec elle sa douleur et sa colère.
Mais il avait une vision plus détachée que la jeune fille sur les évènements.
Il était déjà passé par là et grâce au soutien de Justice, il avait réussi à comprendre certaines choses.
Quand Justice avait pris le contrôle de son corps et qu’il avait compris que c’était la lame qui le guidait depuis son enfance, lui aussi avait éprouvé cette rage qui menaçait d’échapper au
contrôle de Mayrel.
Il espérait que l’entourage de la jeune fille avait de bonnes intentions pour avoir agi de la sorte.
Samuel ne pouvait pas leur pardonner ce qu’ils lui avaient fait mais il devait convaincre la princesse de leur laisser le bénéfice du doute.
Dans sa situation, Mayrel ne devait pas se laisser aller à un jugement trop hâtif qui pourrait lui faire commettre une erreur irrécupérable.
Elle était tout de même l’héritière du royaume et devait agir dans l’intérêt du peuple qu’elle servait.
Il comprenait aussi pourquoi la femme lui avait demandé d’aider Mayrel.
Il était le seul à pouvoir comprendre le sentiment de trahison qui envahissait Mayrel.
Le seul a avoir le recul pour lui ouvrir les yeux.
Même s’il ne comprenait pas pourquoi, il devait aider la jeune femme.
« Mayrel, tu peux croire en nous. Leriel et moi sommes à tes côtés ! » Murmura-t-il doucement en l'enlaçant l. « Il n’y
a pas de mensonges entre nous, juste une promesse. »
« Pas de mensonges ? » Hoqueta la jeune fille en essuyant ses yeux d’un revers de sa manche.
Samuel l’étreignit plus fort.
Mayrel sentit par le pouvoir de l’eau qui circulait en elle que le loup ne lui mentait pas.
Elle retrouva un peu de son calme.
Il lui laissa toucher le souvenir douloureux de la libération de la lame fouet.
Mayrel eut l’impression d’assister à la scène par les yeux du loup qui ne lui cacha rien de ce qu’il avait éprouvé.
A son tour, elle sentit sa rage et son désespoir.
Sa propre colère enflant à nouveau alors qu’elle voyait son père provoquant le réveil de la lame.
Si elle avait douté de la parole de Samuel, elle n’en avait plus aucun droit en ayant assisté à cette scène qui avait profondément marqué le loup.
Mayrel pouvait percevoir que Samuel qui avait déjà du mal à accorder sa confiance, allait être encore plus difficile à apprivoiser.
Il lui montra les souvenirs de son enfance et ce qui s’était passée au fort d’Eldridge.
Elle sentit la présence de Justice qui mettait toute sa volonté à convaincre Samuel qu’elle s’était contentée de veiller sur lui.
La princesse se senti soulagée d’un poids énorme quand le loups eut compris et accepté l’existence de la lame.
Elle réussit à saisir aussi toutes les questions qui tournaient dans l’esprit du jeune homme.
Elle ne put retenir un sourire en découvrant que beaucoup d’entre elle se centralisait sur Leriel.
Finalement elle s’aperçue que beaucoup de ses interrogations à elle se retrouvaient dans l’esprit de Samuel.
A savoir quel serait leur avenir ?
Pourquoi les moines et le roi tenaient-ils tant à la présence de Justice ?
Que faisait des loups dans le royaume du Centre ?
Quel rôle avaient-ils joué dans cette histoire ?
Mayrel estimait à première vue que celui-ci avait dû être plus important qu’elle aurait pu le croire au départ.
Les questions étaient trop nombreuses pour espérer trouver une réponse tout de suite.
Mais il y en avait une qui les tracassait plus que tout pour le moment.
Comment pouvait elle si bien lire en lui ?
Samuel avait l’impression qu’elle lisait à livre ouvert en lui.
Tout comme elle avait eut l’impression que le loup avait accès à toute son âme quelques instant plutôt.
Un son aiguë et strident la fit sursauter.
« Bon sang ! » S’exclama-t-elle en commençant à enlever ses vêtements. « La cloche du repas ! »
Samuel la regarda s’activer nerveusement ne comprenant pas son soudain empressement.
« Que t'arrive-t-il? »
« Il est particulièrement impoli de se présenter en retard au déjeuner de la cour. » Commença-t-elle d'expliquer tout en se déshabillant. « Je ne penses pas que tu sois au courant des protocoles
qui régissent la vie de la cour, mais si il y a bien une règle à retenir c'est celle la! bien qu'après ce que tu viens de m'apprendre, je compte faire comprendre à mon père que je ne suis pas un
jouet! »
Sa présence ne semblait pas gêner Mayrel qui se trouvait maintenant nue et se dirigeait à grand pas vers une porte au fond à droite de sa chambre.
Il la suivit évitant pudiquement de poser son regard sur la jeune fille.
Mais l’étrange tatouage lumineux qui ornait entièrement le corps de la jeune fille ne lui avait pas échappé.
Il pouvait sentir la magie qui s’en écoulait avec force et puissance.
« Pourquoi? » Questionna-t-il en entrant dans la pièce.
Mayrel avait plongé dans un bassin d’eau chaude qui occupait pratiquement toute la salle.
Le sol et les murs jusqu’à la mi hauteur étaient carrelés de marbre blanc.
Quand au reste des murs et le plafond, ils étaient peints d’une immense fresque qui devait narrer un épisodes de l’histoire du royaume.
Quand elle émergea à nouveau, il lui répéta sa question.
« Je ne connais pas l'historique de cette règle, mais il semblerait que cela soit considérer comme un manque de respect envers le monarque. » Déclara la jeune fille en s'apprêtant à sortir du
bassin.
Samuel lui se découvrait une nouvelle passion pour les décors muraux ce qui fit glousser Mayrel.
« Moques-toi si tu veux ! » Répondit Samuel en bougonnant. « Mais Rei n’aimait pas qu’on se montre irrespectueux envers
les femmes dans son établissement ! Avec toutes les femmes. »
Il avait apporté cette précision tout en maintenant son regard tourné vers le plafond.
« Rei, c’est l’homme qui t’as élevé ? » Demanda-t-elle en souriant gentiment.
Elle se souvenait d’avoir vu l’image d’un homme qui portait ce nom dans les souvenirs du loup.
Samuel hocha la tête, provoquant un nouveau un roulé boulé sur lui-même qu’il réussi à maîtriser.
« Il semble être un homme bien. »
« Un peu rude et distant mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un de plus honnête et loyal. » Expliqua Samuel avec chaleur.
Mayrel s’enroula dans un peignoir qui se trouvait sur un portemanteau non loin d’elle.
Le ton qu’avait employé le loup pour décrire le tavernier qui l’avait éduqué était le même que lorsqu’il parlait de Leriel.
Elle en déduisait que pour Samuel l’homme était important.
Il devait être un point de repère important pour Samuel, ce qui lui rappela sa propre situation.
Ses propres repères se trouvaient ébranler par les révélations que lui avait faite le jeune homme.
Son père s’était servit d’elle pour mener à bien des projets dont elle ignorait tout !
Elle croyait avoir un rôle à tenir dans l’avenir de son pays, mais elle ne voulait plus se contenter d’être un pion entre les mains du roi et des envoûteuses !
Combien de fois s’étaient-ils tous servit d’elle comme d’une simple marionnette ?!
Cela avait assez duré !
Elle allait réagir et prendre ses propres décisions.
Mayrel rapporta son attention sur Samuel qui volait dans la pièce très intéressé par les décorations des murs.
Elle trouvait étrange la tournure qu’avait prise sa relation avec le loup.
Il lui avait pourtant dit et montré des choses terribles
Mais à aucun moment elle n’avait remis en cause sa parole.
Pourtant elle le connaissait à peine.
Comment était-ce possible !?
Elle retourna dans sa chambre toujours suivit du spectre de Samuel.
« C’est étrange tout de même ! » s’exclama-t-elle tout en fouillant dans une armoire à la recherche de vêtements à se mettre sur le dos.
« Quoi ? »
« Et bien que je sois convaincue que tu me dises la vérité, tu ne trouves pas ? »
« Je n’ai aucun intérêt à te mentir ! » Se renfrogna Samuel toujours absorbé par les décorations qui se trouvaient aux murs.
« Je le sais très bien et c’est ce qui m’étonne. » Lui assura patiemment Mayrel.
Samuel interrompit son observation des tableaux et se tourna vers elle.
Il semblait avoir compris où voulait en venir la princesse.
Il fronça les sourcils, cherchant lui aussi à comprendre.
« C’est peut être du à ma forme de spectre ? » supposa-t-il.
Mayrel secoua négativement la tête.
« Tu as dit toi-même ne pas être un fantôme donc cela n'a rien avoir avec toi. Enfin pas de cette manière, me semble-t-il. »
« Comment peux-tu en être si sûre ? »
Elle haussa les épaules, signe de son ignorance sur ce sujet.
Il y eut un moment de silence.
Mayrel semblait avoir trouver ce qu’elle voulait mettre et avait commencé à s’habiller.
Elle avait trouvé une robe fuseau d’un bleu sombre qui la moulerait parfaitement.
Les fines bretelles qui retenaient la robe sur ses épaules et le décolleté plongeant dans son dos mettraient en valeur l’étrange tatouage lumineux qui luisait sur son corps.
Par dessus elle était décidée à mettre une grande capeline faite de voile transparent, légèrement irisé de paillette multi couleurs qui donnait un éclat particulier au tissu.
Samuel, lui, était plongé dans ses souvenirs.
Il avait l’impression de détenir la solution à porté de main mais qu’elle ne cessait de lui filer d’entre les doigts.
« La magie mentale ! » S'écria Samuel faisant sursauter Mayrel de surprise. « C’est sûrement cela ! Justice m’a parlé de
cette forme de magie ! »
« Ces pouvoirs font partie de la légende ! Ils n’existent pas vraiment ! » Rétorqua Mayrel en finissant d’enfiler la capeline de voile qui lui descendait jusqu'à mi genoux.
« C’est la seul explication logique ! » S’obstina Samuel. « Nous savons que la magie de l’eau a le pouvoir de libérer un
individu des sceaux magiques qui peuvent l’entraver…C’est ce qui m’est arrivé quand ils ont voulu faire apparaître Justice ! Et c’est ce qui t’es arrivé quand tu as plongé dans la cascade !
»
Samuel semblait satisfait de cette explication.
Mayrel, quant à elle avait beaucoup de mal à l’accepter et le comprendre.
La rage enflait à nouveau dans son esprit.
Si le loup avait raison, quelqu’un avait sciemment posé un sceau sur son pouvoir pour l’enfermer !
Mais qui et dans quel but ?
Comme s’il avait saisit sa pensée Samuel reprit la parole.
« Justice m’a dit que c’était les moines qui avaient décidé de sceller les personnes possédant la magie mentale après la création de la frontière. »
Il y eut un instant de silence.
Samuel soupira et sourit tendrement.
« Il y a une autre explication. » Murmura-t-il en se rapprochant de la princesse.
Doucement, il fit glisser sa main droite le long du bras de Mayrel.
La princesse sentit le tatouage lumineux crépiter sous le contact de la lumière jaune qui émanait de la main du spectre.
« Leriel t’as fait entrer dans la meute, quand il a passé cet accord avec toi à Bajang. J’ai eu un peu de mal à l’accepter. » Confessa le loup en se
reculant. « Mais je sais que tu as ta place parmi nous »
Mayrel ne trouva aucun mot pour exprimer ce qu’elle ressentait.
Elle saisissait au de là des mots ce que voulait lui communiquer Samuel.
Il lui semblait inutile de répondre.
Mayrel savait qu’il avait comprit ce que sa confession lui avait apporté.
Aucun d’entre eux ne détenait toutes les réponses mais ils commençaient à y voir plus clair.
« Samuel. » fit Mayrel en retrouvant ses esprits d’une voix où perçait une détermination tranchante. « Il est grand temps d’aller chercher les réponses où elles se trouvent »
Le spectre du loup inclina la tête s’apprêtant à suivre la princesse en dehors de ses appartements quand la porte s’ouvrit sur Lauwerryn.
« Ah ! Mayrel, tu es encore là » S’exclama la jeune femme avec soulagement. « Dépêche toi ! La cloche a déjà sonné deux fois. Tout le monde va nous attendre à la grande salle à manger… »
A près avoir refermée la porte, Lauwerryn s’était avancée vers Mayrel.
« Samuel. » fit Mayrel à voix haute alors que Lauwerryn sursautait.
La princesse ne bougea même pas.
L’énergie magique se concentra pourtant dans son regard avant de frapper la jeune femme de plein fouet.
Lauwerryn ne pu éviter l’attaque et se trouva propulser avec violence contre le mur qui se trouvait derrière elle.
L’envoûteuse releva la tête légèrement sonnée vers Mayrel qui la fixait avec un étrange sourire qui la fit frissonner.
« Je crois finalement, Samuel que la magie mentale existe bien » Annonça la rousse sans quitter sa victime des yeux.
Samuel s’approcha doucement de l’envoûteuse à son tour.
Il pouvait sentir sa peur et son incrédulité face à ce qui venait de lui arriver.
Lauwerryn ne le voyait pas.
Mais il était prêt à parier que l’envoûteuse pourrait l’entendre.
« Justice t’avais annoncé que le prix à payer serait à la hauteur de ton crime, misérable pantin. » Murmura-t-il à l’oreille de la jeune femme qui se
recroquevilla sur elle même.
Elle l’avait entendu.
Le loup sourit satisfait de la réaction terrifiée de Lauwerryn.
Celle-ci s’apprêtait à dire quelque chose, mais Mayrel la plaqua sans ménagement contre le mur en l’empêchant de parler.
« Tu ne voudrais pas aggraver ton cas par des mensonges supplémentaires ? » Lui demanda mielleusement Mayrel. « Allez debout, comme tu l’as si bien dit, nous allons être en retard ! »
Encore groggy, Lauwerryn se leva et se dirigea vers la porte.
Elle n’avait jamais vu Mayrel dans un état pareil.
Elle se demandait ce que la jeune fille pouvait bien avoir découvert pour perdre ainsi le contrôle d’elle-même.
Mayrel ricana derrière elle.
« Tu le sauras bien assez tôt ! » Marmonna la princesse à voix basse mais suffisamment haut pour que l’envoûteuse l’entendent et en frissonne de peur.
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