Cerbère, après ma mort

Le livre Cerbère, Après ma mort

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La majorité des convives de la table du roi s’était rassemblés dans la salle à manger bien avant que le premier son de cloche annonçant l’heure du déjeuner ne résonne dans tout le château.

Personne parmi ces hôtes privilégiés ne voulait manquer l’arrivée de l’héritière.

D’ailleurs les murmures qui grondaient sourdement dans chaque groupe de conversation concernaient toutes les manières possibles dont la princesse allait ménager ses effets pour entrer en scène et prendre sa place à la table du roi.

Tous les regards se tournaient vers l’immense table qui leur faisait face.

Elle se situait au milieu d’une grande pièce richement décoré de tentures de couleur crème clair qui encadraient les grandes fenêtres qui se situaient sur le côté gauche de la pièce.

De l’autre côté, il y avait des tableaux représentant des scènes de chasse, ou bien des jeunes gens discutant autours d’une table richement garnie. Entre chaque peinture il y avait des chandeliers décorés d’or ciselé. Ils étaient éteints pour le déjeuner. On ne les allumait que pour le dîner car la pièce était assez lumineuse dans la journée pour se passer de leur lumière artificielle.

La table en elle-même pouvait se décomposer en trois parties. Elle avait la forme d’un u gigantesque où pouvait s’asseoir avec aise au moins une trentaine de convive.

La partie centrale était réservée au Roi et à ses plus proches collaborateurs.

Il n’y avait donc habituellement que trois places à cette table, celle du roi, celle de la mère envoûteuse et celle du moine responsable de l’Ordre dans le royaume du Centre. Parfois selon le bon vouloir du roi, les serviteurs rajoutaient une assiette pour les invités de marque de passage.

Mayrel n’avait donc jamais mangé à la table principale. Jusqu’à présent, elle s’installait à la première place sur la partie droite avec les invités de la noblesse ou les dignitaires de passage.

La partie gauche du u étant réservée aux conseillers qui ne cessaient de parler de politique et des décisions qu’il faudrait prendre à la prochaine réunion du conseil.

Ce jour marquait un changement. Il n’y avait plus seulement trois places sur la table du roi, mais quatre. Mayrel, en tant qu’héritière, avait sa place à côté de son père pour présider le repas.

Au premier son de la cloche, le Roi entra dans la pièce.

Toutes les conversations se turent doucement.

Chacun esquissa une révérence pour saluer le souverain qui leur fit un petit signe accueillant de la main. Puis il se dirigea vers le fond de la pièce où se trouvait, Sir Fergus le moine responsable de l’Ordre dans son royaume. Celui-ci portait une longue robe blanche richement décorée de brocard d’argent représentant le symbole du royaume : un immense arbre gris sur fond vert. L’homme était plutôt maigre et sec à cause de sa grande taille.

Il dépassait la plus part des autres convives d’une tête au moins. Ses longs cheveux bruns étaient tressés en arrière ce qui n’arrangeaient pas les traits sévères et froids de son visage angulaire. Ses yeux gris se posèrent sur le roi qui venait le saluer et un sourire courtois apparut sur son faciès qu’aucune ride ne marquait malgré son âge estimé d’après les rumeurs à de nombreuses années de plus que ne le laissait présager sa figure imberbe.

Les deux hommes engagèrent la conversation sur un ton badin sans prêter attention aux personnes qui les entouraient.


« Messire Fergus, je ne m’attendais pas à vous revoir si tôt… N’aviez-vous pas d’autres sujets de préoccupations que la cérémonie d’Envoie cette année ? » Salua sa majesté avec un sourire poli.


« Bien entendu, mon seigneur mais je n’aurais voulu manquer sous aucun prétexte la cérémonie de l’Héritière mais il me semble que mon destrier n’ait pas été assez rapide et je m’en excuse. » Répondit Sir Fergus avec une petite révérence.


« Vous êtes tout excusé, mon cher. Nous comprenons que vos occupations vous aies retenu à Bajang et nous espérons bientôt entendre au conseil les bonnes nouvelles que vous nous apportez » Reprit le Roi quand le moine se fût relever pour croiser son regard.


Les conseillers qui s’étaient rassemblé autours d’eux opinèrent de la tête et murmurèrent qu’ils attendaient beaucoup des décisions prises à Bajang.


« J’espère que mes propos vous satisferont. » Répliqua le moine sans rien laisser paraître de l’embarras dans lequel il se trouvait.


Seul le Roi perçut la gêne de son interlocuteur ce qui ne le rassura pas sur ce que l’Ordre avait décidé de faire contre les incursions de plus en plus importantes et dévastatrices des forces du Chaos.

Apres un temps de silence, le moine reprit la parole pour changer de sujet et éviter que le roi ne réfléchisse trop sur ce point brûlant. Il préféra ramener la conversation sur ce qui le préoccupait lui-même si cela devait éveiller certains soupçons chez le roi ou les nobles de son entourage.


« A ce que m’a rapporté sir Harold, la cérémonie fut magnifique ! Mais n’était-il pas un peu prématuré déposer sur les épaules de la princesse un tel fardeau ? »


«Voyons, messire ! » Ironisa le roi avec un grand sourire. « En accordant le droit à ma fille de devenir Gardien, vous deviez bien vous attendre à ce que nous pratiquions la cérémonie au plus tôt. »


« Peut-être aurait il été plus sage d’attendre que la princesse Mayrel est fini sa formation… » Insista Sir Fergus.


« Je ne crois pas » Répondit d’un ton sans réplique le roi avant de s’éloigner.


Le moine de l’Ordre s’inclina légèrement pour le laisser passer mais il garda les lèvres pincées contenant difficilement sa colère.


Sir Harold qui se trouvait non loin, avait écouté la conversation. Rien ne lui avait échappé sur les deux sujets abordés. Il savait lire entre les lignes et comprenait le sens caché de ce dialogue.

Il avait suffisamment fréquenté la cours pour en connaître toutes les ficelles et les langages codés. Il avait pratiquement grandi dans cette ambiance de secret.

Il en savait même plus que Mayrel à propos de sa propre famille.

L’ironie de la situation ne lui échappait pas.

Il savait que beaucoup de choses allaient changer.

Il devait juste déterminer de quel côté il devait se ranger.

Il soupira discrètement et chercha du regard le marron d’une robe d’apprenti de l’Ordre qui devait traîner non loin de sir Fergus. A part lui le propriétaire de la dite robe devait être la seule autres personne présente à avoir pu comprendre cette conversation à plusieurs niveaux.

Il repéra la chevelure châtain clair qui se déplaçait comme prévu dans le protocole à quelques pas de l’envoyé de l’Ordre. Treyvan remplissait avec beaucoup d’application son service auprès de Sir Fergus depuis son retour de Bajang. Il n’avait jamais vu le gamin avec un comportement aussi zélé. En fait c’était ce qui l’avait intrigué le plus et ce qui avait attiré son attention.

L’espace d’un court instant il croisa le regard du jeune garçon.

Le teint naturellement pâle de son visage semblait plus blanc que d’habitude.

Son regard vert semblait hanté et inquiet.

Sir Harold n’avait jamais vu le gamin dans un état pareil !


***************

Depuis la fin de la cérémonie de l’héritière, Treyvan ne se sentait pas bien.

Il ne savait pas exactement en quoi consistait cette cérémonie.

Il n’avait découvert aucun parchemin explicatif sur son but. Il y en avait bien une dizaine qui expliquait son déroulement mais aucun qui stipulait pourquoi pour être reconnu comme héritier le prétendant devait se plonger dans la cascade du château. Il avait eut l’intuition qu’il s’agissait plus que d’un simple baptême dans l’eau sacré du château.

Il avait eut un début de réponse quelques heures plus tôt.

Au moment où Mayrel avait traversé la cascade, il avait sentit comme une forte poussée d’énergie se répandre dans tout le manoir.

Elle semblait provenir de l'eau elle même puis elle avait irradié de la jeune fille rousse dans toues les directions

Comme tous le monde, il avait pu apercevoir l’immense tatouage qui parcourrait le corps de la princesse. Mais il avait été le seul à porter une attention particulière à la pulsation lumineuse qui s’en échappait et qui semblait battre au même rythme que cette lame d’énergie qui circulait maintenant dans tout le château.

Il en avait eut le souffle coupé.

Il avait tenté de joindre mentalement sa jumelle mais n’avait rencontré que cette force qui semblait s’être arrêtée pour l’examiner. Il avait retenu son souffle, espérant que cette énergie s’écarte de lui sans lui faire de mal.

Mais la présence était restée auprès de lui comme pour l’épier, mais elle l’autorisait apparemment à contacter Dynéryl.

Quand il avait parlé à sa sœur de ce qu’il avait ressenti, elle lui avait confirmée qu’elle n’avait rien perçu d’étrange.

Ce n’était pas surprenant. Des deux, il avait toujours été le plus sensible à ce genre de phénomène. C’est lui qui avait découvert qu’ils pouvaient communiquer tous les deux par l’esprit. C’est aussi de cette manière qu’il avait découvert le secret de leur naissance mais aussi qu’il pouvait faire confiance à Sir Harold.

Le noble était le seul à lui parler franchement de ses intentions et ce depuis qu’il était tout petit.

Dynéryl s’inquiétait de cette présence inconnue.

Elle se demandait si le roi et la mère envoûteuse étaient au courant.

Ils avaient alors perçu tous les deux un rire cristallin qui les avaient fait frissonner, puis une voix de femme avait semblé murmurer à leurs oreilles :


« Pas lui. Mais j’espère bien que Luan se souvient de ce que cette cérémonie a déclenchée. Soyez les bienvenues chez vous les enfants, je vous accueille et vous reconnaît au nom de Suan Mazeryn mon écuyer. »


Tous deux eurent un hoquet de surprise.

Suan Mazeryn était l’écuyère de la reine du royaume, décédée lors de la création de la frontière. Suan était morte peut de temps après la reine des suites de ses blessures.

Alors logiquement cette force qui venait de se libérer ne pouvait provenir que de la mère de Mayrel !

Treyvan se demandait comment cela pouvait être possible quand il s’aperçut que la présence avait disparu. Elle n’était plus avec lui mais elle avait suivit Dynéryl.

Il pouvait la sentir se déplacer, même s'il ne pouvait plus la comprndre.

La jeune envoûteuse savait apparemment qu’elle n’était pas seule mais elle n’avait pas peur.

Elle faisait confiance à cette étrange apparition.

Pour lire les intentions des gens elle était bien meilleure que lui.

Si sa sœur acceptait la présence de cette force comme un allié, il était prêt à en faire autant.

Dynéryl lui expliqua qu’on l’avait chargé de surveiller l’écuyer loup de l’autre élève.

Treyvan, tout comme sa jumelle, savait ce que renfermait Samuel.

Ils ne voyaient pas d’un bon œil les plans de sa majesté mais il n’avait aucun moyen pour s’y opposer.

Apparemment l’entité était du même avis qu’eux et elle semblait bien décidée à agir.

Un peu avant le déjeuner, il avait vu Mayrel dans la cour alors qu’il cherchait Sir Harold pour lui annoncer le retour de Sir Fergus. Il avait été à deux doigts de tout révéler à la princesse.

Tout ce qu’elle ignorait sur son passé et sa famille.

Mais Sir Harold avait su l’en empêcher ; il ignorait pourquoi le jeune homme ne voulait pas qu’il parle. Mais il avait toujours écouté le noble car Treyvan savait que Sir Harold avait à cœur les intérêts de la princesse et du royaume.

Alors qu’il faisait le chemin pour gagner les appartements du représentant de l’Ordre, le seigneur lui avait confié qu’il n’était pas dans son intérêt à lui d’être celui qui apprendrait la vérité à la jeune femme.

La révélation devait venir de quelqu’un d’autre, d’une personne qui n’y trouverait aucun avantage personnel.

Au moment même où le noble lui faisait cette confidence, il sentit que l’entité réveillée quelques heures plus tôt revenait mais qu’elle n’était pas seule.

La mère de la princesse si c'était bien elle, protègeait une autre présence de toute sa puissance, ce qui lui déclencha une migraine dont il se souviendrait longtemps.

L’aura qui l’accompagnait il lui semblait l’avoir déjà perçu le matin même.

Mais il ne fut pas capable de l’identifier sur le coup. Par contre, il fut convaincu que cette nouvelle force était celle annoncé par Sir Harold. C’était elle qui révélerait à la princesse une partie de ce qui lui avait été caché.

Pendant un moment il ne se passa rien. Et malgré son insupportable mal de tête, il vaqua à ses occupations comme si de rien n'était

Et puis ce fut comme une explosion !

Comme si la digue qui retenait une force immense venait de se rompre et qu’elle se répandait partout dans le château.

Cette fois, il n’eut aucun mal à reconnaître de qui provenait cette force.

Il ne pouvait s’agir que de Mayrel !


***************

Bien décidé à découvrir ce qui rendait l’enfant aussi mal à l’aise, Sir Harold s’approcha et le tira discrètement en arrière. L’enfant sursauta mais en le reconnaissant, il soupira soulagé.

Le noble remarqua la sueur qui perlait sur le front de l’enfant et lui tendit un mouchoir.


« Si tu es malade Treyvan, je suis sûr que Maitre Fergus t’aurait permis de te reposer. » Enonça gentiment le noble.


L’adolescent sourit.


« Je vais bien… » Commença-t-il par dire mais croisant le regard bleu irisé de vert du noble, il sut qu’il ne pourrait pas le convaincre. L’homme le connaissait trop bien.


Sir Harold attendait qu’il lui dise la vérité.

Malheureusement au milieu de tout ce monde, cela était complètement impossible, même en utilisant le code qu’ils utilisaient habituellement pour communiquer entre eux.

Il y avait bien trop d’oreilles indiscrètes pour que leur conversation ne soit pas épiée.

Déjà l’intérêt que lui portait Sir Harold devait paraître étrange même si tous les deux servaient l’Ordre dans le royaume.

Les gens de la cours avaient l’habitude de les voir ensemble mais le plus souvent c’était Treyvan qui courrait après le noble pour lui éviter de commettre une erreur ou pour lui dire que Sir Fergus le cherchait.

Sir Harold avait conscience que son comportement pouvait choquer, mais c’était la première fois qu’il voyait le garçon dans un tel état.


« Je suis un peu nerveux » Avoua Treyvan. « Mais cela va finir par passer, je pense qu’après le repas cela ira mieux. »


« Ah ! » S’exclama Sir Harold un peu fortement ce qui attira des regards curieux dans leur direction.

Le noble rougit alors que l’enfant levait les yeux au ciel avant de s’éloigner pour rejoindre Sir Fergus.

Sir Harold s’inclina légèrement pour s’excuser auprès de ceux que son exclamation avait dérangé et partit se placer près de sa place à table.

Il avait très bien comprit le message que l’adolescent lui avait fait passer.

Treyvan n’était pas plus nerveux que d’habitude, seulement…

La cérémonie de l’Héritière avait dû l’affecter plus qu’il ne l’aurait cru possible. Plus que quiconque n’aurait pu l’imaginer.

Une chance pour eux que personne n’y ait encore prêté d’attention.

Pourtant le bouleversement devait être très perceptible pour qu’il mette l’apprenti moine dans cet état ! Il n’arrivait pas à croire que les envoûteuses n’aient rien senti !

Ou était donc passé la petite ?

Il s’apprêtait à rejoindre Treyvan pour lui demander s’il pouvait toujours communiquer avec sa jumelle, mais il se ravisa.

Il était encore trop tôt pour jouer cartes sur table. Il devait encore se tenir dans l’ombre.

Après le repas avait stipulé Treyvan. Il allait donc devoir se décider rapidement.

Les évènements qui allaient arriver d’ici quelques instants, allaient être déterminant.

Même si lui n’aurait rien à faire.

En fait tout dépendrait uniquement de Mayrel.

Au moment ou retenti le deuxième appel pour le déjeuner, tous les regards se tournèrent vers la porte où tout le monde s’attendait à voir Mayrel.

Mais elle ne se montra pas.

Il y eut un lourd silence avant que les murmures ne reprennent de plus belles et plus inquiets par la tournure possible des évènements.

Le roi haussa les sourcils, visiblement surpris par l’étrange comportement de la princesse.

Il s’écoula quelques poignées de secondes qui se consumèrent comme des heures, avant que n’entre Luan Mazeryn.

La mère envoûteuse s’inclina respectueusement devant l’assemblée avant de se rapprocher du roi. Sir Harold qui les observait, surprit l’échange silencieux dans un langage codé qu’utilisaient le roi et la caste particulière des envoûteuses.

Il en connaissait les principes mais il avait toujours eut beaucoup de mal à percevoir toute la nuance de ce genre de dialogue.

Luan Mazeryn s’était approchée et avait fait une révérence impeccable en empoignant sa robe de soie bleue foncée avec la main droite. Elle avait baissé légèrement la tête en l’inclinant sur la droite. Sir Harold compta trois doigts de pliés quand la mère relâcha la robe.

Il ne put s’empêcher de froncer les sourcils.

Le message de l’envoûteuse ne comprenait que trois mots dans un ordre précis : Hyelsharra, Ennuis, Loup.

Il pouvait comprendre que la mère est voulue rester évasive quant au sens de son message vu le nombre de personne qui pouvait maîtriser ce code et qui se retrouvaient réunies ici. Mais elle aurait put être un peu moins succincte car ce message avait tellement de traduction possible que s’en était à s’arracher les cheveux.

Le roi se contenta de hocher la tête avec un air satisfait, qui ne parut pas rassurer Luan Mazeryn.

Visiblement le roi prenait la situation un peu trop à la légère en conclut Sir Harold, tout comme Sir Fergus qui sourit de voir le désaccord entre la responsable des envoûteuses et le Père de Mayrel.

Le jeune noble serra les poings tout cela n’annonçait rien de bon.

Il avait beau tourner les mots du message dans tous les sens il n’arrivait pas à déterminer quelle traduction était la bonne.

Il connaissait la rumeur qui disait qu’il y avait des loups dans le royaume.

Il n’avait accordé que peu de crédit à celles qui stipulaient que sa majesté avait passé plusieurs accords avec eux.

Peut-être devait-il revoir son jugement ?

Mais que venait faire les Hyelsharra dans tout cela ?

Le pays du Centre était en bon terme avec les clans. Il existait de nombreux accords commerciaux entre les deux peuples sans oublier le traité d’assistance contre les forces du Chaos.

Il ne comprenait pas !

Il avait peut être le moyen d’en apprendre plus en entamant une discussion avec l’écuyère du gardien chargé de la formation de la princesse.

Il releva la tête et scruta l’assemblée des convives à la recherche da la jeune femme mais ne vit aucun des membres du petit groupe qui était arrivé en même temps que la princesse.

Inquiet, il refit le tour de la salle en cherchant le Gardien ou l’autre apprenti mais ne les trouva nulle part.

Comment leur absence avait-elle bien pu lui échapper !

Apparemment personne n’avait remarqué l’absence de ces invités de marque !

Qu’est ce qui pouvait les avoir retenu ?

Cela avait-il un lien avec le retard de la princesse ?

Une sueur froide se glissa dans son dos se faisant frissonner.


***************

Treyvan aurait voulu confier à Sir Harold ce qu’il savait. Mais il n’y avait aucun moyen pour expliquer les évènements sans éveiller des soupçons chez les autres nobles ou même chez Sir Fergus. Et encore moins de chance pour avoir cette discussion à l’abris des oreilles du Roi.

De toute façon, il n’était pas sûr que le jeune noble puisse faire quoique se soit pour arranger la situation.

Depuis que Mayrel avait laissé sa colère envahir le château, il se sentait mal à l’aise. Et il ne voyait pas comment Sir Harold aurait put y remédier, surtout vu le peu de cas que la princesse faisait de son opinion.

Son intuition avait été la bonne : l’entité avait bien guidé quelqu’un jusqu'à la princesse pour lui faire part de certaine vérité qu’elle était loin d’imaginer.

Le choc avait été terrible.

Mayrel enrageait et cela se répercutait dans l’aura d’énergie qui se répandait partout dans le château.

Toute cette rage lui donnait la nausée !

Mais il devait tenir. Il fallait qu’il remplisse son rôle jusqu’au bout.

Il devait servir Sir Fergus comme il l’avait toujours fait, comme le lui avait conseillé sir Harold depuis qu’il était en âge de comprendre dans quel cadre il évoluait depuis sa naissance. Mais il devait aussi surveiller ce qui se passait du côté de la princesse.

Depuis que sa colère avait envahi l’espace, il lui était impossible d’atteindre Dynéryl.

Il commençait à s’inquiéter pour sa jumelle.

Et puis soudain ce fut le silence complet.

Un vide immense froid et glacé lui étreint le cœur.

Il sentait que la princesse venait en direction de la salle à manger.

Plus elle se rapprochait plus le manteau froid descendait autour d’eux sans que personne n’y prête la moindre intention.

Il ne percevait plus rien des émotions de Mayrel comme si un mur de glace s’était interposé entre lui et elle.

Et cette etrange protection ne venait pas de la princesse, mais plutôt de la présence qui s'était joint à elle grâce à l'intervention de l'ancienne reine.

La voix de sa jumelle lui parvint à nouveau, mais très lointaine et assourdie.

Comme si pour lui parvenir la voix devait traverser une plus grande distance.

Pourtant sa sœur ne se trouvait pas si loin !

Il pouvait sentir qu’elle aussi se rapprochait de la salle à manger en compagnie d’autres personnes. Tous ceux qui entouraient sa sœur avaient une aura forte et inquiète qui le fit frissonner.

Dynéryl lui raconta succinctement ce qui lui était arrivé.

Il comprit qui l’entité avait ramené pour aider Mayrel. Samuel l’écuyer du dragon avait apporté son soutien à la princesse et lui avait révéler les exactions de son père à son égard. Mais aussi celles de son écuyère !

Treyvan comprenait mieux la rage de l’héritière du royaume.

Et puis l’entité était à nouveau intervenue pour empêcher Mayrel d’entrer dans la salle à manger avec autant de colère.

Il avait entendu le bruit d’une force lancé comme un projectile se briser sur le mur de glace qui entourait l’esprit de la princesse.

Plusieurs fois l’entité se jeta de toutes ses forces contre la barrière pour parler à la jeune fille mais sans aucun résultat.

Le loup faisait barrage.

Tout ce bruit avait attiré l’attention du dragon et de Dynéryl.

Il suivit le dragon grâce à une sonde mentale quand celui-ci tenta de s’approcher du mur infranchissable.

Doucement, l’esprit du dragon toucha le mur de glace qui se réchauffa pour le laisser entrer.

Accroché à l’esprit du dragon, Treyvan le suivit et se retrouva face à la rage de Mayrel et à la détermination de Samuel.

L’échange entre les trois esprits ne dura qu’un court instant.

Pourtant il fut suffisant pour calmer la colère de la princesse.

Treyvan ignorait ce qu’ils s’étaient dits.

Mais il fut soulagé de voir que Mayrel reprenait le contrôle d’elle-même.

Le mur de glace disparut et une vague de reconnaissance envahit tout l’espace.

Il allait se retirer quand il perçut des voix qui s’adressaient directement à lui.


« Toi, Dynéryl et moi nous allons avoir une discussion ! » Il reconnut sans mal la voix mentale de Mayrel. Elle n’était plus en colère. Elle voulait juste savoir.


Il acquiesça chaleureusement.


« Mayrel va faire son entrée, et puis nous ferons la notre…Tu continueras d’assurer ton rôle auprès de l'Ordre comme jusqu’à présent n’est ce pas ? » La voix du Dragon. Il attendait qu’il continue à se comporter comme un apprenti de l’Ordre.


« Oui » répondit-il sans hésiter ce qui sembla satisfaire l’apprenti gardien.


« Si les moines savaient qu’un de leurs apprentis utilise une magie mentale, ils en feraient une jaunisse ! » Cette voix ironique devait appartenir à Samuel, l’écuyer du dragon.


Il s’abstint de répondre mais ne put empêcher ses joues de rougir.

Il imaginait tout à fait la tête de Sir Fergus si celui-ci apprenait l’existence de son don.

L’image mentale qu’il en avait dû apparaître aux autres car il entendit le rire cristallin de l’entité accompagné de celui de Mayrel et du loup.

Le dragon lui n’eut qu’un petit soupir exaspéré par leur réaction enfantine.


***************

Sir Harold ne put s’empêcher de jeter un regard inquiet à Treyvan qui se trouvait toujours non loin de Sir Fergus.

L’adolescent semblait avoir retrouvé des couleurs.

Il était visiblement plus serein et plus sûr de lui.

Sir Harold s’apprêtait à rejoindre Treyvan pour lui demander des explications quand le dernier appel pour le repas sonna et que Mayrel entra.

Lauwerryn pénétra la première dans la salle suivit de près par la princesse qui rayonnait d’une aura bleue intense.

La princesse héritière du trône dégageait un charisme qui les stupéfia tous, alors qu’elle s’avançait au milieu d’eux avec une assurance innée qui les fit tous s’incliner devant elle.

Même son père fût impressionné par la présence de Mayrel qui envahissait la pièce comme une immense vague écrasante de force et de pouvoir.

Elle fit une révérence polie devant le roi avant de se mettre à parler d’une voix douce et ferme.


« Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour mon retard mais je tenais à me montrer digne de votre confiance. Choisir la tenue idéale fut un peu plus long que prévu. » Déclarât-elle avec un sourire charmeur.


« Tu es toute excusée, ma fille » Répondit le roi avec un embarra que personne ne lui avait vu auparavant.


La vague de pouvoir se retira doucement, diminuant en intensité mais restant toujours présente dans l’air.

Le père de la princesse sembla chercher un court instant le regard de Lauwerryn mais celle-ci après avoir effectué une révérence s’esquiva en se plaçant derrière la princesse sans jamais relever la tête.

Sir Harold soupira soulagé.

Un sourire s’inscrivit sur son visage alors que Mayrel gagnait sa place à table à la droite de son père.

Entre le roi et la mère envoûteuse.

Il n’avait pas espéré que Mayrel s’en tire aussi bien.

 

A suivre…


Publié dans : Gardiens des âmes - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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