Arrivés dans la suite qu’occupaient Leriel et son écuyer, Magnifique et le dragon laissèrent Samuel s’écrouler sur le lit.
Ils installèrent confortablement le jeune homme sous la couette où celui-là se pelotonna de ravissement. Exténué, il ne tarda pas à s’endormir.
Leriel le regarda en souriant.
Il s’assit sur le bord du lit pour rester le plus près possible de son écuyer.
Magnifique se laissa tomber dans un fauteuil tout en poussant un profond soupir de soulagement.
Leriel tourna la tête vers elle.
Elle le fixait avec un sourire ravi qui l’étonna un peu.
« Très belle démonstration ! Et surtout très belle prestation de comédien, mon cher Leriel ! » Lui déclara la Hyelsharra en applaudissant doucement. « Je ne crois pas que quiconque ait pu douter de votre interprétation à Mayrel et toi ! »
« C’était le but recherché ! » Déclara sans état d’âme Leriel en haussant les épaules.
« Le roi finira bien par comprendre que ce n’était qu’une machination… »
« Et alors ? » L’interrompit Leriel en détournant la tête vers Samuel qui venait de bouger.
Le loup était venu se blottir contre lui.
« Tu ne crois pas qu’il est dangereux de se comporter ainsi ? Le roi de ce royaume a beaucoup d’influence… »
«Vous estimez peut être qu’il aurait préféré que ce soit Mayrel, son héritière, qui se soulève contre son autorité devant les conseillers ? » Questionna Leriel distraitement.
Il passait sa main sur le visage du loup pour en écarter les mèches de cheveux bruns.
Magnifique soupira à nouveau mais d’exaspération cette fois. Leriel n’était pas concentré et ne semblait pas décidé à l’écouter pour le moment.
« Non bien entendu ! » S’exclama-t-elle vivement en espérant faire réagir le dragon.
Leriel sourit doucement et sans lui laisser le temps de continuer, il reprit la parole.
« Mayrel ne pouvait pas faire de scandale en public mais elle ne va pas attendre avant de parler en privé à son père. Il saura de la bouche même de son héritière que mon intervention et la sienne n’étaient que fumisterie, mais…. »
« Mais ? » Répéta la Hyelsharra.
Leriel se tourna à nouveau vers elle.
Il souriait toujours mais elle ne pu réprimer un mouvement de recul devant l’expression froide et déterminée de son visage.
« Mais à aucun moment je n’ai menti. » Annonça Leriel sans détourner les yeux de ceux de la femme qui déglutit avec difficulté. « Ma colère était réelle. L’envie de tout détruire par vengeance brûle encore au fond de mon cœur. Le roi en aura aussi conscience, tout comme le moine de l’Ordre. Ainsi ils ne s’en prendront plus jamais à Samuel »
Leriel fixa à nouveau son écuyer et son visage se radoucit.
« Etre auprès de Samuel apaise ma colère. Bientôt elle ne sera plus qu’un souvenir brûlant dans leur mémoire à tous. »
« Et les loups ? » L’interrompit Magnifique avec une voix étrangement caverneuse.
Grâce à sa magie, Leriel pouvait sentir la présence des autres Hyelsharra.
L’écuyère du gardien était toujours en contact avec les autres membres de son clan. Apparemment ceux-ci avaient décidé de se mêler à la conversation.
« Comme l’a dit le plus vieux d’entre eux, ils ont accompli leur mission. Je ne crois pas qu’ils représentent une menace quelconque pour Samuel maintenant. » Assura Leriel alors que Samuel se recroquevillait un peu plus contre lui.
« Nous sommes du même avis à ce propos, mais ils ont fait de lui un guide. » Reprit Magnifique de sa voix grave. « Les loups voudront connaître ce que Samuel découvrira de part cette nouvelle fonction. »
« Et vous aussi par la même occasion ? » Reprit Leriel avec un sourire ironique.
Magnifique se contenta de hocher la tête affirmativement.
Leriel réprima un début de rire derrière la paume d’une de ses mains.
L’écuyère eut l’impression qu’il communiquait par l’esprit avec quelqu’un.
Ayant elle aussi l’habitude de n’être jamais totalement seule dans sa tête, elle savait reconnaître les changements infimes qui s’opérait sur le visage des autres quand ils avaient la possibilité de ce genre de conversation.
Elle fronça les sourcils et fixa le dragon avec un air interrogateur.
« Vous êtes en train d’agacer Justice. » Pouffa Leriel doucement retenant de plus en plus difficilement son rire. « Elle assure qu’elle nous expliquera de quoi il retourne quand ils se seront reposés tous les deux. Depuis le début de notre conversation, elle tempête que nous lui cassons les oreilles. Cependant, elle tient à vous rassurer : elle m’a expliqué les grandes lignes du pouvoir des guides. »
La Hyelsharra éclata de rire à son tour.
Parmi les membres de son clan, il y avait une personne assez âgée qui quand elle était fatiguée ne cessait de bougonner à tout propos. Elle avait appris à vivre avec ce ronronnement qui revenait fréquemment.
Leriel laissa éclater son rire pour accompagner celui de l’écuyère.
A ce moment ils entendirent frapper à la porte.
« Entrez ! » Réussi à dire Leriel entre deux hoquets de rire.
Dynéryl entra dans la suite en portant un plateau. Celui-ci était chargé de nourriture.
Comme le lui avait ordonnée Mayrel, la jeune envoûteuse leur apportait de quoi se restaurer.
Il y avait trois grandes assiettes et deux corbeilles. Une des assiettes était couverte de divers morceaux de viandes. Les deux autres étaient pleines d’une bouillie épaisse et parfumée. Quant aux corbeilles, dans l’une il y avait des fruits et dans l’autre plusieurs petits pains de couleur foncée.
Magnifique se leva et l’aida à transporter le plateau jusqu'à la table qui occupait l’un des coins de la pièce. Au passage la Hyelsharra huma la bouillie avec un sourire gourmand.
Devant l’air ahuri de la jeune envoûteuse, leurs rires redoublèrent un instant avant de se calmer.
« Excuse-nous ! » lui lança Magnifique en louchant de plus en plus vers l’assiette de bouillie dont le parfum envahissait toute la pièce. « Nous avions une discussion sur les vieilles personnes acariâtres qui ne cessent jamais de se plaindre »
Dynéryl sourit et se passa de commentaire.
Un soupir de satisfaction s’éleva du lit.
Samuel se redressa et s’étira.
« Je meure de faim ! » S’exclama-t-il en se levant d’un bond, évitant Leriel d’une cabriole.
Sans plus se préoccuper des personnes présentes dans la chambre, il se saisit d’un morceau de viande et mordit dedans à pleine dent. Il prit ensuite un des petits pains et en prit une grosse bouchée qu’il avala tout rond, manquant de peu de s’étouffer.
Il ne dut sa survie qu’à Magnifique qui lui tapa fortement dans le dos.
« Oups ! » s’exclama Dynéryl en se dirigeant vers la porte de la suite qu’elle ouvrit.
Elle revint une minute plus tard avec un autre plateau qu’elle avait laissé sur une desserte dans le couloir. Sur celui-ci il y avait des verres et deux grands pichets. L’un contenait de l’eau quant à l’autre, il renfermait un liquide jaune ambré dont le parfum attira l’attention du loup et de la Hyelsharra.
Samuel se saisit de la carafe au liquide jaune et commença à s’en verser un verre.
« Ce n’est pas une boisson pour les jeunots ! » S’exclama Magnifique en se saisissant du verre avant lui.
Elle le porta à ses lèvres malgré les protestations du loup.
« Si tu crois qu’après les évènements de ce matin, je vais boire de l’eau, tu te mets le doigt… »
« Samuel ! » Intervint le dragon avant que son écuyer ne devienne grossier.
Le loup retint la fin de sa phrase et croqua avidement dans son morceau de viande tout en bougonnant.
« Délicieux ! » S’exclama Magnifique en faisant claquer sa langue sur son palais. « Tu vois Dynéryl, il n’y a pas que les vieux qui marmonnent dans leur barbe. Il y a aussi… »
« Les juments mal élevée qui ne cessent de ruminer ! » Finit Samuel à la place de la Hyelsharra qui rougit et se tourna vers lui rouge de colère.
Leriel se tapa le front avec la paume de sa main.
Il poussa un soupir exaspéré.
Finalement bien décidé à laisser ses deux-là régler leur petite histoire, il se saisit d’une assiette de bouillie et d’un morceau de viande et s’installa confortablement sur une chaise.
Alors qu’il commençait à manger et que les deux écuyers continuaient leur joute oratoire tout en s’empiffrant, Dynéryl s’approcha de lui.
« Vous allez les laisser s’insulter comme ça encore longtemps ? » Demanda la jeune envoûteuse visiblement inquiète.
« Je crois que nous n’avons pas le choix » Répondit Leriel avec un sourire. « Il parait que c’est inévitable ! Aucun des deux ne voudra admettre que son attitude est puérile. Et puis c’est leur manière de communiquer… »
« Je pense plutôt qu’ils se disputent ! »
« Exactement ! » Admit Leriel. « Ils se chamaillent comme deux gosses. Tu ne t’es jamais disputée de la sorte avec Treyvan ? »
Dynéryl fronça les sourcils et détourna le regard.
« Je ne crois pas en avoir eut l’occasion » Avoua la jeune fille dans un murmure.
Devant le regard interrogateur du dragon, elle baissa la tête avant de reprendre d’un ton triste.
« Nous avons été séparés très tôt » Expliqua à mi-voix la jeune fille. « Quand je fus en âge de commencer ma formation d’envoûteuse, ma mère est venue me chercher à la ferme de mon oncle. Je ne devais pas avoir plus de six ans. »
Samuel et Magnifique s’étaient arrêtés de se chamailler pour écouter l’adolescente.
La Hyelsharra avait saisit une assiette de bouillie qu’elle dégustait avec plaisir alors que Samuel continuait de manger son pain avec un nouveau morceau de viande cuite à point.
« Treyvan est resté à la ferme jusqu’à l’âge de dix ans. Il en est parti pour me retrouver. Malgré la distance qui nous séparait nous étions restés en contact l’un avec l’autre. La vie de fermier ne lui disait rien et il s’inquiétait pour moi car je me plaignais sans cesse de la formation que je subissais. Quand il s’est présenté au château la première fois, ma mère a refusé de le laisser entrer et l’a fait raccompagner. »
« Stop ! » L’interrompit sans ménagement Samuel. « Qui est ta mère ? Et puis d’après ce que tu dis, j’en conclus que vous communiquiez déjà par l’esprit ton frère et toi ? »
« La délicatesse, tu connais ? » L’invectiva Magnifique en portant la dernière cuillère de bouillie à sa bouche. « Continue Dynéryl, ne tient pas compte des questions de ce paysan… »
« Mais si elle ne s’explique pas avec plus de détail, je ne comprends pas, moi ! » Continua Samuel en se saisissant de la carafe de vin jaune avant que l’écuyère ne puisse l’en empêcher.
« Réfléchis tête de chien ! » Reprit la Hyelsharra en posant son assiette sur le plateau. « Il y a certains sujets qu’il vaut mieux aborder loin de toutes oreilles indiscrètes ! Je ne crois pas que tout le monde soit au courant des révélations que la petite va nous faire si tu la laisses vider son sac ! »
« N’empêche que je pige rien ! » S’entêta Samuel en plongeant son nez dans la coupe qu’il venait de remplir.
« Contente-toi d’écouter, on te fera un dessin plus tard ! » Lui répondit l’écuyère du gardien en lui donnant une tape sur le haut du crâne qui le fit avaler de travers.
Après cet étrange intermède, Dynéryl hésitait à reprendre la conversation.
Elle réalisait qu’elle en avait bien trop dit.
Plus qu’elle n’aurait dû en tout cas.
Mais si la princesse Mayrel avait confiance en eux, elle n’avait rien à craindre.
L’apprenti dragon et son écuyer avaient prouvé leur attachement à la princesse.
Elle soupira et reprit là où elle s’était arrêtée.
« Treyvan et moi avons toujours communiqué de cette manière. Au tout début nous n’utilisions pas les mots mais plutôt des images. Plus le temps a passé, plus ce don s’est affiné. Donc ma mère avait décidé de faire raccompagner Treyvan chez son frère. Mais lui n’était pas de cet avis, il a fait un caprice mémorable dans la cour du château. Il parait qu’on l’entendait hurler jusqu’à la salle de la cascade. Sir Harold l’a entendu et il est venu s’enquérir de la raison de ses vociférations. C’est grâce à lui que mon frère a pu rester au château. Il l’a pris comme écuyer et l’a présenté à Sir Fergus. »
« Ce qui explique pourquoi ton jumeau sert l’Ordre. » Termina Samuel en vidant son verre.
La jeune envoûteuse acquiesça de la tête.
Il y eut un instant de silence que personne n’osa rompre.
Il y avait encore tant à dire !
Tant à expliquer pour que ces étranges invités comprennent la situation réelle du royaume.
Mais il était encore trop tôt pour certaines révélations.
Révéler au grand jour l’identité de leurs parents allait faire un sacré remue-ménage dans la cour et chez le peuple.
Même si beaucoup savait déjà qu’ils étaient liés par des liens familiaux, et que l’identité de leur mère était un secret de polichinelle. Découvrir que le roi avait donné naissance à des bâtards, allait certainement en déranger plus d’un.
Dynéryl fixa et examina les attitudes de chacun de ses interlocuteurs.
Le dragon et la Hyelsharra qui en savaient tous les deux plus que le loup, avaient une mine grave et semblait réfléchir à ses propos.
Quant à Samuel, l’espace d’un instant son visage se figea avec un masque de colère qu’il fit disparaître d’un geste en se passant la main dans les cheveux.
Puis il voulut se saisir de la carafe de vin jaune mais Magnifique fut plus rapide.
De l’autre main, elle lui ébouriffa les cheveux.
« Tu as assez bu pour le moment ! Retourne donc au lit ! » Lui conseilla t-elle avec un sourire affectueux. « Tu nous as donné assez de soucis pour le restant de la journée, petit frère ! »
Samuel lui rendit son sourire et obéit sagement ce qui étonna la jeune envoûteuse.
Après leurs échanges verbaux très imagés quelques instants plus tôt, elle ne s’attendait pas à ce que Samuel obéisse sagement à la Hyelsharra.
Magnifique prit deux pommes qui restaient dans la corbeille de fruit et se dirigea vers la porte de la suite.
« Viens avec moi, jeune fille ! On va finir cette discussion dans la pièce en face. Je suis sûr que cela intéressera Farhad à son retour. » Annonça-t-elle en ouvrant la porte.
Dynéryl salua Leriel et le loup qui s’était déjà réinstallé sous la couette.
Puis elle sortit de la suite, accompagnée de Magnifique qui referma la porte avec un dernier sourire et un clin d’œil à l’intention du loup qui le lui rendit.
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Pendant ce temps, le repas à la salle à manger se déroulait dans un lourd silence froid.
Personne n’osait le rompre.
Tout le monde se contentait de vider son assiette avec la plus grande efficacité.
Farhad n’avait jamais assisté à un tel déjeuner à la table d’un monarque.
Il avait plus l’impression de se trouver à une veillée funèbre !
Les plats se succédaient sans qu’un seul mot ne soit échangé.
La peur était encore très présente au milieu des convives.
L’entrée de Leriel resterait gravée dans leur mémoire pour leur vie entière.
Farhad soupira de soulagement car il n’y avait aucun barde, ou ménestrels de présent pour mettre cet évènement en chanson.
Par contre il savait qu’une fois les nobles sortis de la salle à manger, rien ne les empêcheraient de répandre cette histoire qui finirait par se déformer.
Ils jetaient tous régulièrement un regard hésitant vers la princesse.
Elle avait été elle aussi très impressionnante.
Farhad savait qu’elle avait fait preuve de beaucoup d’imagination lors de sa prestation pour sauver Samuel.
Un moyen pour elle de dévoiler sa puissance.
Même si ce n’était que de l’esbroufe inutile, le roi avait certainement compris le sens caché de la petite représentation qu’avec Leriel, elle leur avait donnée.
Farhad ne pouvait faire que des suppositions sur les motivations des deux jeunes gens.
Il comprenait facilement les intentions de Leriel.
Reconnaître Samuel comme son feu devant autant de témoins éviterait au loup que de nouvelles tentatives contre lui ne soient tentées. Il serait impossible pour l’Ordre et pour quiconque maintenant de s’emparer de Justice. La vie du loup devenant aussi précieuse que celle de la lame fouet.
Par contre Farhad avait du mal à comprendre la colère de Mayrel.
Il n’avait pas d’informations fiables sur ce qui avait motivé son apprentie à ruer dans les brancards de la sorte.
Alors que les serviteurs apportaient le plat principal du repas, il releva la tête pour fixer la princesse.
Elle lui rendit son regard avec un petit signe de tête satisfait.
N’obtenant aucune réponse de ce côté, il opta pour observer l’attitude de Lauwerryn.
Magnifique lui avait démontré qu’il était intéressant d’observer l’écuyer d’un apprenti pour en savoir plus au sujet de l’état d’esprit de l’apprenti.
Lauwerryn comme le voulait la tradition se tenait, derrière Mayrel.
Comme une statue de marbre sans expression, elle se tenait droite et figée.
Elle semblait sur la défensive et prête à toute éventualité.
Comme si la situation n’avait pas encore retrouvé toute sa sérénité et qu’un danger menaçait encore Mayrel.
Intrigué, Farhad examina chaque convive avec attention.
La mère envoûteuse ne semblait pas non plus très à l’aise.
Elle ne pouvait s’empêcher de lancer des regards nerveux en direction de la princesse et de Sir Harold. Ce dernier était le seul convive qui ne semblait pas trop inquiet des derniers évènements.
Il mangeait de bon appétit en souriant à ses voisins sans prêter la moindre importance au regard mi-implorant mi-courroucé de Luan Mayzerin.
Le gardien savait pourtant que rien n’échappait jamais au jeune noble.
Il avait déjà eut à faire à lui plusieurs fois pour des affaires de commerce mais n’avait jamais su sur quel pied danser avec Sir Harold. Etant l’un des proches du moine responsable de l’Ordre dans ce royaume, Farhad s’était montré réservé et fuyant à son égard.
Il trouvait que le noble jouait sur de bien trop nombreux tableau politique pour être fiable.
Le roi quant à lui, affichait un air aimable et conciliant tout en mangeant.
Il semblait avoir retrouvé un peu de couleur depuis que Leriel et les deux écuyers étaient sortis. Par moment, il regardait sa fille avec un mélange de fierté et d’inquiétude dans les yeux qui confirmèrent au gardien que sa majesté n’était pas dupe de la comédie jouée par la princesse.
Sir Fergus lui semblait contrarié et plongé dans une intense réflexion.
Il avait le regard vague et mangeait avec un air absent.
Le reste du repas se déroula sans incident notable.
Farhad ne recueillit aucune information qui le mettrait sur une piste sur l’origine de la colère de la princesse.
Quand une fois que le déjeuner fut finit le roi se leva, immédiatement suivi par sa cour et ses invités à qui il proposa de se rendre dans un salon pour prendre un digestif.
Sur le petit trajet qu’ils firent jusqu’au salon qui se situaient dans la pièce attenante à droite de la salle à manger, les murmures commencèrent entre les convives maintenant que la tension était totalement retombée.
Le gardien réussit à se mêler à la conversation de ses voisins de table qui s’extasiaient sur le calme et la présence d’esprit de Mayrel.
Autour d’eux de nombreux petits groupes s’étaient formés.
Des mots qu’il pouvait saisir ici où là, Farhad devina que tous appréciaient le comportement de Mayrel et la manière dont le roi et sa fille avaient su gérer cette crise.
« Pensez-vous que votre autre apprenti sera lui aussi satisfait ? » Lui demanda une femme d’âge mûr d’une voix chevrotante.
Beaucoup de regards se tournèrent vers lui.
Il fut bientôt le centre de l’attention de tous ceux qui avaient pu entendre la question.
« Oui ! » Assura-t-il sans hésitation.
Il ne donna pas plus d’explication.
Il ne voulait en aucun cas donner l’impression de justifier les actions de son apprenti.
« Savez-vous ce qui a mis le feu du Dragon dans cet état ? » Demanda sir Harold derrière lui.
Farhad prit le temps de se retourner avant de répondre.
Il s’était attendu à ce qu’on lui pose cette question puisqu’il était arrivé en même temps que Leriel et Samuel.
Il aurait jute préféré que ce ne soit pas ce noble à l’esprit retors qui la lui pose.
Farhad savait que Sir Harold se faisait passer pour plus simple d’esprit qu’il n’était.
Il était étonné de le voir se mettre en avant de la sorte.
A moins que ses aspirations politiques n’aient changé.
« Bien entendu ! » Répondit-il sans mentir. « Mais je ne crois pas que vous soyez la personne la plus apte à comprendre les motivations d’un dragon. »
Sir Harold haussa les sourcils, étonné par la réponse du gardien.
Parmi ceux qui avaient écouté, certains sourirent de la réponse sibylline de Farhad mais aussi de la réaction du noble.
« Croyez-vous ? » Insista Sir Harold en écarquillant les yeux d'étonnement. « Ne pouvez-vous nous éclairer sur ces évènements ? »
« Ce n’est pas à moi de colporter ! » s’emporta un peu le gardien.
Sa voix monta d'un ton presque malgré lui et tous ses interlocuteurs sursautèrent. Le gardien serra les poings .Ce n'était ni le moment ni le lieu pour se laisser emporter par ses émotions.
« Comment voulez-vous que nous jugions la situation juste si nous en ignorons tout les tenants et les aboutissants ? » L’interrompit le noble avant qu’il ne puisse lui déclarer le fond de sa pensée.
« La parole de votre roi devrait vous suffire ! » lâcha du tac au tac Farhad plus rapidement qu’il ne l’aurait voulu.
Inconsciemment il porta la main à la garde de sa lame fouet sans se préoccuper de comment les nobles interpréteraient son geste. Pour lui c'était un geste machinal de défense, un réflexe depuis que la lame bleu était à ses côtés.
Le noble prit un air effaré, tout comme d’autres autour d’eux. Ils reculèrent tous d'un pas.
Farhad soupira. Le contact de son épée, lui avait permit de reprendre un peu son calme et il commençait à comprendre ce que lui voulait Sir Harold.
Il s’était laissé manipuler par le noble !
Il n’avait pas vu le piège où le conduisait si habilement son interlocuteur.
Le but de l’homme n’était pas de lui soutirer la vérité sur les motivations de Leriel mais de mettre en évidence le fait qu’en aucun cas le roi n’avait nié avoir fait du mal à Samuel.
Combien parmi ceux qui les avaient écouté étaient arrivé à cette conclusion ?
Combien parmi eux réalisaient que le roi avait prit d’énormes risques en menaçant la vie d’un feu de dragon ?
Combien pouvaient imaginer que leur souverain avait pu le faire en toute connaissance de cause ?
Farhad était sur une pente glissante.
« Agir pour le bien de votre royaume a toujours été une priorité pour votre roi. Je ne pense pas que parmi vous, il y ait une personne assez déloyale envers son pays pour le nier. » Expliqua-t-il en reprenant le discours du roi pendant sa conversation avec le dragon. « Il a su communiquer cette qualité à sa fille qui a démontré de grande capacité à gérer cette crise. »
« Le gardien a tout à fait raison » Reprit la femme qui avait engagé la conversation avec lui en premier. « Nous serions bien ingrats envers sa majesté si nous lui tenions rigueur de cette incidents alors que tout est réglé. »
« La princesse a parfaitement assumé son rôle d’héritière du royaume. » ajouta avec enthousiasme un autre.
Les murmures reprirent de plus belle sur la façon dont Mayrel avait agit.
Farhad fixait toujours Sir Harold avec contrariété et la désagréable impression de s’être fait manipuler.
Il détestait ça !
Non seulement il avait révélé que le roi n’avait pas nié les exactions qui avaient été faites sur Samuel, mais il avait aussi insisté sur l’importance du rôle de Mayrel pour se sortir de cette passe difficile.
Il avait contribue à instiller le doute sur les capacités du roi dans l’esprit des conseillers.
Sir Harold fit une légère révérence en souriant alors que Mayrel s’approchait.
« Messires, je suis désolée de vous interrompre. » Annonça Mayrel en inclinant poliment la tête vers sir Harold. « Mais j’ai besoin de la présence de mon professeur. »
Le protocole n’obligeait pas Farhad à saluer révérencieusement la princesse tant qu’elle serait son apprenti. Par contre en public, il devait la vouvoyer et lui céder le pas.
« Je suis à votre disposition. » Répondit le gardien en lui emboîtant le pas sans un regard supplémentaire pour le noble.
Ils se dirigèrent vers la porte du salon où Lauwerryn les attendait avec toujours la même expression sinistre sur le visage.
A suivre…
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